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Ah bon ?... danse !
Pour ancrer le sentiment d'etre enfant de
l'abondance
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Au Feuillet
4 Permettre a la vie de m'aimer
,
je vous partageais comment mon option de croire a la bienveillance de la vie
avait donné une impulsion décisive a ma trajectoire. Je
me sens pret pour un pas de plus, aujourd'hui : je suis convaincu que cette
option est inséparable d'une autre, celle de croire en l'abondance de
la vie.
C'est parce que cette vision nous manque que nous restons des enfants du
manque. Nous avons peur de manquer de ce qui ferait le bonheur, peur qu'il n'y
en ait pas pour tous. Voila pourquoi nous tolérons un systeme construit sur
la compétition; et voila pourquoi
notre monde a si mal.
Quand je me mets a croire a l'abondance, un apaisement
et une fluidité s'installent : je suis pret a me l'offrir et je l'offre si
volontiers. Alors je rends hommage a la beauté de la vie telle qu'elle a
été faite pour fonctionner; le contraire ne fait que la rapetisser, lui
mettre des bâtons dans les roues.
*
Vous est-il arrivé de vous trouver devant un buffet plantureux et de ne pas avoir
assez faim pour gouter a tout ce que vos yeux découvraient avec envie ? Ou
encore de vous sentir écartelé-e entre deux émissions de télévision
captivantes, présentées a la meme heure ? Au buffet, vous avez
peut-etre pris les bouchées doubles, vous retrouvant avec un mal d'estomac ! A la t.v.,
vous aurez plusieurs fois zappé entre les deux programmes afin de ne rien rater,
pour finir avec le sentiment de n'avoir écouté aucun des deux vraiment. Au
bout du compte, vous avez manqué ça.
Au fond du manque,
l'abondance
Ce genre de situation m'est
arrivé souvent ! J'ai en tete tous ces dimanches au soir, ou j'étais
frustré : je n'avais pas fait le quart de tout ce que j'avais listé pour ma fin de
semaine, et demain le travail reprend...
Un bon jour quelque chose
a changé pour moi. L'évidence me rattrapait : il y en aurait toujours plus
que j'aurai de faim ou de temps pour le savourer, donc je serai toujours
malheureux ! Et si je voyais ça comme une corbeille de
fruits qui déborde ?... Il m'a fallu cette décision radicale,
regarder autrement.
Alors mon appréciation des choses a changé. Puis, j'ai peu a peu réalisé
que je me retrouvais dans l'autre camp, avec ceux qui
ont envie de remercier la vie plutôt que de la maudire.
Né pour un petit pain ?
Ça semble facile, quand on le
raconte comme ça. Vous ne vous douterez pas de tout le temps qu'il m'a fallu pour
en arriver la, et ce n'est pas tout digéré encore ! Car mon cerveau d'enfant
avait bien emmagasiné son héritage culturel et religieux : les biens matériels ont quelque chose de suspect,
c'est a laisser a ceux qui
ne gouteront pas au ciel ! Il faut donner aux autres plus qu'on se donne a soi-meme, sinon gare a
nos fesses au moment de paraître devant St-Pierre !
Heureusement, j'ai hérité aussi
d'influences qui m'ont montré qu'une autre vision est possible. Pour vous en
parler, j'ai en tete un souvenir d'enfance que me racontait un ami proche :
cette anecdote dit tellement bien ce que je ressens ici. Cet ami me racontait qu'il lui arrivait d'aller
en famille chez sa tante Graziella, a la campagne. Elle trouvait toujours
l'occasion d'offrir une deuxieme tournée de son fameux
plateau de bonbons. Les enfants mouraient d'envie d'y plonger encore, mais ils se
retenaient en guettant du coin de l'oeil la réaction des parents ! La tante
avait une phrase magique pour tenir a distance toute opposant : Prends-en,
prends-en, quand ' y en n'aura
p'us, ' y en aura encore !
Qu'est-ce qui nous prouve que ça soit comme
ça ?...
Cette tante bonne comme du bon pain , aurait dit
ma mere, pouvait-elle avoir plus de bonté que la vie n'en a elle-meme ? Voila une tante qui ne demandait pas aux
enfants d'etre des anges avant le temps, me suis-je dit en écoutant mon ami.
Ce plateau de bonbons toujours plein me parle de la vie, décidément. Il fait
plus que bien d'autres choses pour me
donner envie de croire en son abondance.
Bien sur, j'ai d'autres raisons qui renforcent cette vision. J'ai repensé, par exemple, a cette conférence d'Hubert Reeves,
astro-physicien, qui nous laissait médusés devant la myriade des galaxies,
en reconnaissant que
nos scientifiques n'arrivent meme pas a les dénombrer : voila tout un plateau de
bonbons a l'échelle du cosmos ! Je me disais que l'etre capable de générer
ces univers devait bien avoir prévu ce qu'il faut pour que notre planete ne
manque de rien. J'ai repensé aussi a l'affirmation
répétée des scientifiques comme quoi la Terre a ce qu'il faut pour nourrir
beaucoup plus que la population mondiale actuelle
― bien sur, si le petit nombre dont je fais partie ne tirait pas toute la
couverture de
son bord. Et puis au pied de ma porte, chaque bourgeon
d'arbre, chaque graine de fleurs m'enseigne comment la vie se recrée sans cesse, qu'elle n'additionne pas, mais
multiplie.
Oui, j'aurais beau ajouter des raisons qui parlent a ma
raison, une petite voix intérieure
me dit que c'est cette Tante Graziella qui avait raison. Je pense que toutes les
preuves du monde ne remplaceront jamais ma décision de faire comme
si : choisir délibérément de prendre cette façon de regarder, vivre en conséquence, puis voir ce que ça donne. Je l'évoquais ailleurs
: si on y regarde bien, c'est tout a fait ce que font les scientifiques.
Qu'est-ce que ça change ?
Depuis que je pratique cet état d'esprit, ce que j'appellerais
la pratique de la main ouverte, on dirait que se multiplient pour moi les preuves d'abondance : un cadeau
inattendu, une issue imprévue a un probleme de taille, etc. A l'inverse,
les périodes ou je me suis crispé pour me protéger de l'avenir, sont
probablement celles qui m'ont apporté le plus de sécheresse. C'est sur, l'état du
monde avec ses
images de manque et sa compétition vantée comme gagnante a vite fait de me
rattraper. Il me faut rechoisir sans cesse
la vision d'abondance.
Cette réflexion m'a amené sur le terrain du mouvement et du
lâcher-prise. Avez-vous remarqué que les gens qui croient le plus en
l'abondance de la vie sont paradoxalement ceux qui sont le plus capables de
laisser aller, face au matériel ? J'ai un couple d'amis qui ont quitté une
grande maison cossue et tres équipée,
pour
s'en aller
vivre en appartement : depuis lors, je les ai plus d'une fois entendus dire
qu'ils se sentent libérés d'un poids.
Et je repense a cette phrase
d'un guide amérindien qui m'avait séduit : Les etre les plus heureux et les plus
libres que j'ai rencontrés ne possédaient presque rien.
* *
Je n'évoque pas ça pour dire que nous devrions tous vivre le détachement au meme point.
Tous les humains
n'ont pas a expérimenter les memes choses de la vie. Mais je crois
que nous avons cette chose en commun, d'apprendre a nous insérer dans la
fluidité de la vie, le mouvement de recevoir et donner librement.
Pour moi, je constate dans des petits riens que je me permets plus qu'avant de m'offrir
ce qui fait du bien, tantôt une gâterie, tantôt un morceau de linge plus
couteux. A l'inverse aussi, je constate que je peux m'en passer sans en souffrir
trop. Je suis plus sensible a la pollution que je me fais quand j'accumule
des choses qui stagnent. Et je me trouve plus pollué encore quand je
me précipite pour me justifier, apres m'etre offert un
bien : la je vois ma résistance a me voir comme un enfant de l'abondance.
Je constate
aussi que je
prends plus de plaisir a donner qu'avant. Il n'y a plus cette retenue du
gamin qui a peur de manquer du jouet qu'il prete ou qu'il donne. A la
conviction qui fait son chemin en moi que mes coffres finiront bien par se remplir a nouveau... ,
je me dis plus volontiers que ce que j'utilise m'est preté par la vie :
nous ne sommes propriétaire que de notre liberté. Quand je suis dans cet
état d'esprit, je pense comprendre mieux les propos de certains guérisseurs
qui m'avaient laissé pensif : Attention de ne
pas vous vider de votre énergie lorsque vous aidez. L'énergie que vous
offrez n'est pas la vôtre, elle provient d'un réservoir qui vous dépasse...
Regarder couler la riviere
En terminant, j'ai envie de
vous partager quelque chose. J'étais chez un ami et
j'admirais une petite fontaine qu'il avait faite de ses mains : une
tige de bambou recueillait l'eau, la déversait dans une autre, jusqu'a remplir un minuscule sceau
qui débordait, avec un gazouillis apaisant. J'aurais pu rester des
heures a regarder couler cette fontaine, a écouter sa mélodie. Il
me devenait tout naturel de me dire que l'abondance est la, que nous n'avons qu'a
puiser... a la condition de ne
pas l'immobiliser.
J'ai alors repensé a un film que j'avais vu sur des nomades
du désert. Ils se préparaient a reprendre la piste, on les voyait sélectionner
ce qui était de nécessité, pas plus. Leur expérience leur disait que retenir c'est périr.
J'étais admiratif devant cette capacité de lâcher prise. Ça ne les
empechait pas de faire une place dans leurs bagages pour quelque chose que
d'aucuns pourraient voir superflue : une petite théiere, pour
la halte du soir. Quelque chose de gratuit, mais nécessaire pour le coeur...
Christophe Élie

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de
L'ALLUMEUR
DE RÉVERBERES

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